En Côte d'Ivoire, le chemin vers l'inclusion des personnes en situation de handicap est jalonné de réformes saluées, mais aussi de freins persistants. Si les recrutements dérogatoires dans la Fonction publique et la création du Fonds pour l'insertion professionnelle marquent des progrès tangibles, le président national de l'APCI, Me Loukou Josué Kouamé, estime que l'heure est désormais à la professionnalisation de l'action publique, et pour cela, il propose un outil simple mais révolutionnaire : des conseillers techniques spécialisés, véritables « sherpas » du handicap, au cœur des décisions ministérielles.


Prenant la parole lors du Forum de l'Agence Ivoirienne de Presse (AIP), le mardi 7 juillet 2026, Me Loukou a martelé une idée-force : il convient que la Fonction publique et les ministères techniques disposant d'un conseiller technique chargé exclusivement des questions du handicap. Pour le leader associatif, cette mesure n'est pas un luxe, mais une nécessité opérationnelle, car ces experts auraient pour mission de veiller à l'adaptation concrète des postes de travail, de contrôler l'application stricte des textes législatifs et de traiter avec diligence les doléances des agents publics concernés. Ainsi, plutôt que de subir des politiques descendantes, les personnes en situation de handicap disposeraient d'un relais permanent, capable de traduire leurs besoins en actions administratives tangibles, et il ne s'agirait plus de mesures de faveur, mais de l'exercice normal de droits reconnus par la loi.


Par ailleurs, le président de l'APCI n'a pas manqué de saluer les efforts du gouvernement, notamment la politique de recrutement dérogatoire qui permet chaque année à des centaines de diplômés handicapés d'intégrer l'administration, ou encore la mise en place du Comité technique d'orientation professionnelle. Toutefois, il a tempéré ces acquis en évoquant les difficultés persistantes, souvent liées à l'accessibilité physique et à la lenteur des procédures administratives. En conséquence, il plaide pour des mesures compensatoires plus adaptées, estimant que les avancées législatives doivent impérativement être accompagnées d'une ingénierie de mise en œuvre, et c'est précisément pour combler ce fossé entre le texte et la réalité que la nomination de ces conseillers techniques apparaît comme la clé de voûte d'une politique inclusive efficace.


En perspective, la Journée nationale du Paralytique (JNP), prévue du 10 au 15 août 2026 à Toumodi, sera le creuset de ces réflexions. Placée sous le thème « Inclusion des personnes en situation de handicap : passer de l'assistance sociale à la valorisation des compétences pour le développement national », cette édition entend bien dépasser le simple plaidoyer, car plus de 500 délégués issus de 11 régions sont attendus pour des conférences et des sessions de formation visant à renforcer les capacités des responsables régionaux.


En définitive, la proposition de Me Loukou Josué Kouamé dessine une nouvelle frontière pour l'inclusion en Côte d'Ivoire : celle où le handicap n'est plus un sujet périphérique traité par des mesures ponctuelles, mais une compétence centrale, intégrée dans les rouages ​​de l'État, et c'est bien là une manière de rappeler que la vraie inclusion ne se décrète pas seulement dans les textes, mais se construit chaque jour dans les couloirs des ministères, par des experts dédiés à la cause. Une révolution silencieuse, mais ô combien nécessaire, pour que la Côte d'Ivoire devienne un véritable modèle d'administration inclusive en Afrique.