Forte de près de 42 000 fidèles répartis dans environ 500 églises locales à travers le pays, l’EERCI, fondée en 1982 par le Révérend Pasteur Jean Glao et reconnue officiellement par l’Arrêté ministériel n°177/INT/AT/AGP/01 du 21 août 1984, est aujourd’hui confrontée à un différend portant sur sa gouvernance, sa personnalité juridique ainsi que la gestion de son patrimoine.
Selon les membres fondateurs, deux procédures distinctes sont actuellement au cœur du contentieux. La première porte sur l’Arrêté ministériel n°0553/MIS/DGAT/DAG/SDVA du 28 juin 2019 qui a entériné le changement de dénomination de l’Église en "Église Évangélique du Réveil Internationale" (EERI). Les requérants estiment que cette décision administrative est entachée d’irrégularités, notamment parce qu’elle ne viserait pas l’arrêté fondateur de 1984 ayant accordé à l’association son agrément définitif. Ils soutiennent également que cette modification aurait été opérée sans le consentement régulier des membres habilités et demandent, à travers un recours introduit devant le Tribunal administratif d’Abidjan, son annulation.
Par ailleurs, un second contentieux concerne les statuts adoptés en 2014. Les membres fondateurs contestent leur validité, estimant que la procédure ayant conduit à leur adoption n’aurait pas respecté les exigences prévues par les textes de 1982, notamment en ce qui concerne le quorum requis pour toute révision statutaire. Ils soutiennent également que plusieurs actes de gouvernance intervenus par la suite, notamment des élections internes et des décisions relatives à l’organisation de l’Église, devraient être appréciés au regard de cette contestation. Dans cette même dynamique, les responsables se réclamant des statuts fondateurs rappellent qu’un mémoire en nullité a été déposé devant le Tribunal de Première Instance d’Abidjan-Plateau afin de contester certaines élections internes. Ils indiquent également avoir engagé une procédure pénale et sollicité des mesures conservatoires visant à préserver les biens immobiliers de l’Église jusqu’à l’issue définitive des procédures judiciaires. Les initiateurs de ces actions soulignent en outre que, par un arrêt rendu le 1er août 2024, le Conseil d’État a déclaré irrecevable une requête introduite par un autre responsable religieux contestant l’arrêté de 2019. Selon eux, cette décision ne tranche pas le fond du litige et ne concerne que la qualité du requérant à agir. Ils estiment, en conséquence, que les recours engagés par les ayants droit demeurent pleinement recevables et devraient permettre aux juridictions compétentes d’examiner les différents moyens soulevés. Dans l’attente des décisions de justice, les organisateurs de l’Assemblée générale extraordinaire affirment vouloir remettre en place des organes dirigeants conformes aux textes fondateurs de l’institution. Ils indiquent que cette rencontre permettra également de réaffirmer l’identité juridique de l’Église et de définir les orientations destinées à assurer la continuité de ses activités spirituelles et administratives. Au-delà des aspects institutionnels, cette crise met en lumière les enjeux liés à la gouvernance des organisations confessionnelles et à la sécurisation de leur patrimoine.
En Côte d’Ivoire, les associations religieuses sont régies par des dispositions légales qui encadrent notamment leur création, leur fonctionnement et les conditions de modification de leurs statuts. Les spécialistes du droit associatif rappellent que les juridictions administratives et judiciaires demeurent seules compétentes pour apprécier la régularité des actes contestés et trancher définitivement les différends opposant les parties. Les membres fondateurs lancent ainsi un appel aux autorités administratives et judiciaires afin que les procédures engagées soient examinées dans les meilleurs délais. Ils sollicitent également, selon leurs déclarations, la préservation des biens de l’Église jusqu’au règlement définitif du contentieux. En attendant les décisions des tribunaux, l’assemblée générale extraordinaire annoncée constitue un rendez-vous majeur pour une partie des fidèles de l’EERCI. Son déroulement ainsi que les suites judiciaires des différentes procédures devraient contribuer à clarifier la gouvernance de cette institution religieuse historique, dont l’avenir demeure étroitement lié aux décisions que rendront les juridictions compétentes.
Pour les milliers de fidèles concernés, l’enjeu dépasse la seule désignation de dirigeants : il touche à la préservation de l’identité, de la mission et de l’unité d’une Église présente dans le paysage religieux ivoirien depuis plus de quatre décennies.
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