Dans un contexte où les discours politiques multiplient les promesses envers la jeunesse guinéenne, l'essayiste Amadou Lamarana Bah invite à une réflexion équilibrée sur la citoyenneté. Alors que les jeunes représentent une part prépondérante de la population, leur avenir dépend autant des politiques publiques que de leur engagement personnel, dans un pays où les défis structurels restent immenses.
C'est un plaidoyer pour une responsabilité partagée que livre Amadou Lamarana Bah à travers une analyse sans complaisance des rapports entre la jeunesse guinéenne et l'État. L'écrivain et chercheur en sciences sociales rappelle d'emblée que les revendications des jeunes - emplois, éducation, accès au financement, représentation institutionnelle - sont parfaitement légitimes, car aucune nation ne saurait négliger sa jeunesse sans compromettre son avenir. Toutefois, il souligne avec force qu'un débat demeure trop souvent escamoté : celui des devoirs de la jeunesse, non pour décharger l'État de ses obligations, mais parce qu'aucune politique publique ne peut se substituer à l'engagement individuel.
L'auteur insiste sur la nature contractuelle de la citoyenneté, où droits et devoirs forment un tout indissociable. En effet, l'État et les institutions ont des responsabilités claires : un enseignement technique et professionnel adapté aux réalités du marché, un accès au crédit qui ne soit pas réservé aux mieux connectés, et une administration qui encourage l'initiative plutôt que de la freiner par sa lenteur ou sa corruption. Sans ces conditions minimales, les exhortations à "se former" et à "oser entreprendre" risquent de sonner creux. Pourtant, l'essayiste met en garde contre le piège de l'attentisme : les obstacles structurels, aussi réels soient-ils, ne doivent pas servir d'alibi à l'inaction individuelle, car attendre des conditions parfaites revient à reporter indéfiniment sa propre part de responsabilité.
Cette dynamique est d'autant plus cruciale que la Guinée dispose d'un atout démographique considérable. Les jeunes y représentent une part massive de la population, constituant à la fois la plus grande richesse et la plus grande responsabilité du pays. Néanmoins, cette force ne produira ses effets que si elle se mue en force de compétence, d'innovation et de responsabilité. Le premier devoir identifié par Bah est celui de la formation, au-delà des diplômes classiques. Les plateformes numériques, les formations courtes en informatique, en gestion ou en langues, ainsi que les initiatives locales de formation professionnelle offrent aujourd'hui des opportunités que la génération précédente ne possédait pas. Dès lors, un jeune de Conakry, Kankan ou Labé qui apprend le codage, la maintenance solaire ou l'agroalimentaire par ces canaux ne fait pas moins qu'un diplômé universitaire, il fait souvent mieux en s'adaptant directement aux besoins réels du marché du travail.
Par ailleurs, l'essayiste exhorte la jeunesse à oser entreprendre avec lucidité, sans nier les difficultés réelles telles que l'accès limité au financement, une fiscalité parfois inadaptée ou un marché intérieur étroit. Ces contraintes existent dans la plupart des économies en développement et n'empêchent pourtant pas certains jeunes Guinéens de transformer l'agriculture, le commerce numérique ou l'artisanat en projets viables. L'esprit d'initiative consiste précisément à contourner ou affronter les obstacles avec méthode plutôt qu'à les subir passivement.
Au-delà de ces aspects économiques, la responsabilité morale et civique occupe une place centrale dans la réflexion de Bah. Il rappelle que respecter les lois, préserver les biens publics, rejeter la violence, promouvoir le dialogue et défendre l'intérêt général sont des exigences qui s'imposent à tous. Une République forte repose autant sur la qualité de ses institutions que sur le comportement de ses citoyens, mais ce comportement ne peut s'exiger à sens unique : un jeune a d'autant plus de raisons de préserver le bien public quand il constate que ce bien public le sert en retour. La participation à la vie publique constitue un autre devoir fondamental, qui dépasse le simple commentaire de l'actualité sur les réseaux sociaux pour s'incarner dans les associations de quartier, les collectivités locales ou les projets communautaires.
En définitive, l'auteur appelle la jeunesse à devenir une génération de solutions. Il est certes facile de dénoncer les insuffisances du système, mais il est autrement plus exigeant de concevoir des réponses réalistes et adaptées au contexte guinéen, transformant les critiques en propositions concrètes et améliorables. C'est cette culture de la solution, bien plus que le seul discours, qui fera émerger les leaders dont le pays a besoin. L'équilibre est donc subtil : la Guinée a besoin d'une jeunesse exigeante envers les institutions, mais tout aussi exigeante envers elle-même, qui comprenne que le patriotisme se manifeste autant dans le travail bien fait que dans les grands discours. Car si les jeunes ne sont pas seulement les héritiers de la Guinée de demain, ils en sont déjà les bâtisseurs d'aujourd'hui, à condition qu'on leur en donne réellement les moyens autant qu'on leur en rappelle les devoirs. Leur plus grande responsabilité, comme celle de l'État à leur égard, est de faire en sorte que les ambitions personnelles deviennent une contribution au destin collectif de la nation.
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